Avec « Tous égaux », Triptik reste dans le vrai

Triptik poursuit sa tournée, et a sorti un nouveau titre le 10 juin, « Tous égaux ». De quoi se rappeler que même lorsque les droits juridiques sont égaux, les inégalités d’héritage pèsent lourd dans la balance.

Sur un titre sorti je ne sais plus quand exactement, A2H rappait qu’ « ils disaient vrai les groupes d’avant« , en référence à un mythique titre de rap français. Un son qui dépeignait des horizons cimentés, pour mieux rappeler en quoi l’espoir est vital.

Je vous entends déjà me demander : comment reconnaître un groupe d’avant ? Pas facile. Il y a bien sûr quelques indices, si l’on se penche sur les stats et les dates. Mais attention, la comparaison n’est juste que « toutes choses égales par ailleurs » : rappelons-nous de nos cours de maths. Mais je crois qu’on s’en fout, et qu’on veut surtout des titres de bon rap.

Cela nous amène logiquement à la question suivante : peut-on être et avoir été ? Ceux qui ont assisté à un des concerts de la tournée actuelle de Triptik ont la réponse : c’est oui. Car tout n’est pas qu’une question de jauge et de chiffres. La passion, la fidélité à son identité polymorphe, ou encore la volonté de poursuivre l’Histoire sans lui donner un sale goût d’inachevé : ça compte aussi.

Est-ce que les temps changent ?

« Avant c’était différent », rappait Solaar. Ok Parménide, nous voilà ben avancés, comme on dit dans le Bouchonois. Car oui, on se baigne jamais deux fois dans le même bain (même pour les gens qui se plaignent, avec de bonnes raisons de le faire). Mais est-ce que tout semble changer, pour qu’au fond rien ne change ?

Il y a aussi des cycles bien sûr, et certains chiffres sont éloquents. Récemment, un article du Monde montrait comment la France est redevenue, davantage qu’à certaines périodes antérieures, une société d’héritiers. Où le capital transmis pèse bien plus que le travail, dans la constitution du patrimoine. Ainsi, alors qu’au début des années 70, la fortune héritée représentait 35% du patrimoine national, elle en représente aujourd’hui 60%. De quoi aboutir à ce que 10% de nos concitoyens détiennent aujourd’hui 54% de la richesse du pays. Et quelle que soit la manière dont on définisse le terme, ce n’est clairement pas le mérite qui explique cela.

Face à ceux qui parlent vaguement de la « valeur travail » en préférant culpabiliser les travailleurs sans jamais dénoncer les situations de rentes, Triptik sait rapper clairement. Dans ce nouveau titre, ils rappellent que la dignité et le respect sont rarement des dons du ciel. Surtout face à certains égos. « Les liasses, on se baisse pas pour les ramasser. Tout ce qui a été obtenu a toujours été arraché ». Un rappel utile, d’un groupe qu’on se doit de connaître, si on prétend parler de rap français. Bonne nouvelle, leur tournée se poursuit cet été.


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