Avec « Lonely at the top », Joey Badass reste fort, tranquille

“Actions have reactions, don’t be quick to judge », rappait Guru de Gangstar, un de mes rappeurs préférés, parti bien trop tôt. Ça tombe bien : c’est en réaction à la chronique d’un de mes pairs (un certain Mehdi les termes, dont je salue la fougue critique, malgré ses excès et son dédain pour ma tentative d’octogone scriptural) que j’ai trouve l’impulsion d’écrire une nouvelle chronique. C’est gratuit.

Devrais-je en rajouter, comme dans une émission de commentateurs de matchs de foot ? Voire comme dans une vidéo de commentateurs d’animateurs. Mais wesh, à quand des vidéos de commentateurs de commentateurs ? Cette époque serait-elle pas un peu fucked up ? Je sais pas. En vrai, je sais que c’est archi-dur de comparer. Allons faire un tour au moyen-âge, puis reparlons-en.

Onze titres de bonne facture

Quoi qu’il en soit, cet opus réunit onze titres d’excellente facture. Il suffit d’écouter plusieurs fois ce disque pour constater que Badass ne s’est pas moqué de nous. Sur « Still », il convie les excellents Ab-Soul et Rapsody. Sur “Supaflee”, les choses se passent à fond. Sur une instru quelque part entre “Pass the courvoisier” de Busta Rhymes, et « Frontin' », de Pharell Williams feat. Jay-Z. Ah bah non, mais pas loin, ce titre puise son inspiration dans le « Young’n (Holla Back) » de Fabolous, sorti en 2001, et produit par Pharell Williams également. Le clip de « Supaflee » est d’ailleurs une sorte d’hommage visuel à celui de Fabolous. Je vais pas vous faire l’article, mais le disque est plein de moments de grâce. Comme le doux « Ready to love« , avec Ty Dolla $ign, ou le tranquille « Bk’s finest ». Ou encore le très cool « 3 feet away ». Toujours en progrès, comme Stephen Marley et Mos Def (Yasiin Bey).

Alors vais-je forcer le trait, parce que tout serait faux, comme dans le son « Tout est faux » de Sam’s, ou dans the Truman Show, avec Jim Carrey ? Vraiment pas. En effet, j’ai très sincèrement kiffé son arrivée dans le rap, il y a une dizaine d’années. Je réalisais alors un énième come-back d’auditeur, après avoir suivi d’un peu loin l’actualité rap. Bah oui l’ami, j’ai vu un âge d’or faner, avant d’en guetter un autre. Ou peut-être juste que malmenés par les cycles laborieux de l’industrie musicale et de son public volage, les rappeurs finissent parfois par tourner en rond. Mais ne leur jetons pas la pierre : c’est humain, comme les banalités, le mal ou un dictateur taré (pléonasme).

Joey Badass, j’étais allé le voir en concert avec un pote, au Trianon, fin novembre 2014. Je me rappelle d’une belle énergie, entre « Christ Conscious« , « Big Dusty« , ou encore « Paper Trail$« , sur une prod’ du légendaire Dj Premier. Moment de vérité.

Protect ya neck, mais aussi ton desk

Alors que l’énergie était déjà bien high, un type avait essayé de monter sur scène, avec je ne sais quel projet. Visiblement peu porté sur les sessions de karaoké ou de fan service, Badass l’avait fait redescendre. De la scène, entre autres. Il avait fait suivre ce rafraichissant interstice d’un speech à faire pâlir plus d’un influenceur feel good. Le jeune Joey avait formulé une analogie intéressante. Une fois l’intrus revenu dans la fosse, il parla de son desk et de l’importance de ne pas monter dessus, quand on n’y est pas invité. Ça se voyait qu’il avait mal au mic. Et le rappeur comme travailleur, en somme, qui défend ses limites tels les remparts d’un château fort, j’aime ça. Appelez le première ligne, travailleur essentiel, ou sur le terrain. Ou en front-office, voire chair à canon, pour les cas les plus critiques.

Le nouveau disque de Joey Badass est une fois de plus de grande qualité, et varié. Et puis, peut-on vraiment faire un mauvais disque, quand, en plus d’un excellent flow et de lyrics bien écrits, cette qualité permet d’emprunter des lyrics à Guru, le emcee de Gangstarr. Et que cela semble évident, comme le rap vient de New York ? Je ne crois pas non.

Au fait, peut-être trouvez-vous mes articles pas inintéressants, et que vous seriez pas contre me donner un p’tit coup de pouce. Et puis même si on s’amuse bien, c’est du taf. Et c’est connu, tout travail mérite salaire.


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