Playlist et concerts

« Si tu veux plaire à tout le monde, tu es ton propre ennemi ». Myke Tyson aurait dit ça. Enfin, d’après un de mes derniers scrolls quotidiens. Et sous réserve qu’il l’ait vraiment dit, et qu’il ait pas dit un truc beaucoup plus pertinent quelques secondes après. Cela doit être un des privilèges à la con de la renommée, de se voir découper à la hache des bouts de formules, avec ou sans valeur ajoutée. C’est selon. Bref, possible que ce soit de lui, même si les citations apocryphes pullulent. Alors oui, me direz-vous, on s’en bat un peu les balloches. Certes. Mais poursuivons.

Un jongleur de mots que j’aime bien suivre, depuis que je l’ai connu avec le Saïan Supa Crew, c’est Leeroy Kesiah. Je pense pouvoir affirmer qu’il n’a encore été ni artificialisé, ni deepfaké à l’ancienne. Toujours est-il que v’la-t-y-pas qu’un matin, je suis tombé sur ce message :

Alors, qu’en conclure ? me dis-je, comme le ferait un politique coaché, re-coaché et sur-coaché, rêvant de maîtriser aussi bien sa communication qu’un rappeur qui refuse les interviews. Non, sans rire, je crois que cette citation golri m’a rappelé deux choses importantes. D’une part, ça c’est facile, bah c’est cool d’être humain, c’est pas rien. Et de deux, c’est l’importance de jamais se cantonner aux pensées ni aux mots des autres, hérauts, héros ou anti-héros. Ni même à cette fameuse citation (une autre) qui parle de personnes intelligentes qui doutent et d’imbéciles qui sont certains. Je l’ai vue attribuée à au moins deux auteurs différents (dont l’un est Charles Bukowski). C’est dire si c’est précis.

D’autant qu’il y a sans doute des imbéciles qui doutent, parfois. Et des personnes intelligentes sûres d’elles, à en devenir bêtes. On peut même sans doute être alternativement l’un puis l’autre, au cours d’une même journée. Et c’est ok. Ok ?

Comme c’est ok d’imaginer qu’on puisse se construire un espace sûr. Même si bien sûr, on est sûr qu’on n’est pas sûr, parce qu’on veut se la jouer socratique. Comme quand tu dis « mon gars sûr », république « populaire » ou « démocratique », ou « chief happiness officer », c’est un peu suspect. M’enfin bon, il y a rien de mal à vouloir se rassurer, c’est humain ma gueule.

Comme sentir – consciemment ou on non – que l’on a apprécié. En avoir pour son argent en oubliant ses biais cognitifs, et le temps qui passe. C’est ce qu’ont sans doute sincèrement ressenti des personnes ayant apprécié le concert que Kanye West a récemment donné à l’Accor Hotel Arena. Un concert, ou plutôt une « expérience immersive » qui, comme vous le savez sans doute, a fait pas mal parler. Concrètement, l’écoute de son album sorti le 9 février avec Ty Dolla Sign, « Vultures 1 ».

Au cours d’une enquête rondement menée depuis mon home sweet home, j’ai pu observer quelques commentaires fort intéressants : par exemple, celui d’un spectateur ayant manifestement payé son entrée. Réagissant à un post ironique de ma part, partagé par un ami, il s’exclamait : « franchement le show était lourd et le public était à fond, donc le monde qui n’a sûrement pas payé sa place est dans le bashing facile lol« . Alors que Kanye West testait peut-être simplement les limites du public et de la profession. C’est warholien, fichtre.

Moi qui n’ai ni payé ni été invité à cette expérience immersive dans une salle à air naturel, je me trouvais fort dépourvu, pour me faire un avis, après avoir cédé aux plaisir faciles du sarcasme immédiat. Néanmoins, par une forme étrange d’espoir acharné dans le professionalisme de la profession, j’aurais tendance à davantage faire confiance à des avis comme ceux des journalistes Olivier Cachin ou Stéphanie Binet, ou de Ruddy Aboab (directeur de la programmation de FIP), assez circonspects face à ce concert.

En feuilletant de vieux magazines, je suis tombé sur une interview de Michel Hazanavicius, où celui-ci, après tant d’autres artistes sensibles, rappelait que les critiques ne sont pas des gens « normaux ». Tant par réflexe professionnel, ils ont tendance à chercher la petite bête et ce qui ne va pas dans une oeuvre. Je sais pas si c’est vraiment cas dans le rap, où elle semble parfois retenue en otage par l’influence et le publi-rédactionnel, eux-mêmes sous le joug du placement de produit et de la tendance du moment. Il évoquait aussi l’importance du désir du spectateur, faisant un parallèle avec l’importance de payer, dans le cadre d’une psychanalyse. Une analogie peut-être un peu excessive. Mais oui, il y a sans doute parfois un biais cognitif à aimer mieux ce qu’on a payé. Ou juste parce qu’on a attendu longtemps ce concert.

Pas si facile.

Quant à Kanye West, peut-être qu’il préfére un bad buzz à la sensation d’être invisible. C’est parfois con, mais c’est humain. Mais bon, c’est du passé. Restons dans le turfu.

CONCERTS

Aussi, je ne pourrai désormais que vous inciter avant vous projeter vers l’avant. Avec le concert de lEtat2nd à la Boule noire ce dimanche 10 mars, celui de Sameer Ahmad le 23 mars à la Place, ou encore celui de Genius le 15 mars, à l’Eysée Montmartre. (update le 12/03, vite ;) Mais aussi, pour sortir un peu du rap, vous pourriez bien aller écouter la gabonaise Pamela Badjogo, le mercredi 13 mars, à la Boule noire également. Elle est en bonne place, dans cette playlist de 10 titres.

PLAYLIST

Maintenant, parlons un peu de ce que je vous ai mis sur cette playlist, que vous pouvez facilement écouter chez vous (par exemple, avant un concert)

Sameer Ahmad est revenu avec un très bel album, peut-être le meilleur. Avec Nakk, entre autres compères de qualité, il nous rappelle ce que rapper veut dire. Toujours adepte d’une écriture labyrinthique. Car même quand on ne comprend pas, ça veut pas dire que ça veut rien dire. Un peu d’humilité, non ?

Demi Portion et Souffrance ça se voit ils écrivent pas avec des moufles. Ils prouvent que le rap respire encore, même s’il a pris un gros coup à la mort de Guru. La preuve, je me souviens exactement où j’étais quand j’ai appris cette triste nouvelle (rip).

Je vous ai mis un extrait d’un nouvel album de Masta Ace e , sorti le 26 janvier 2024, c’est encore un régal. Allez, hop, je place « Heroes », un titre où apparaît un certain Inspectah Deck (tu connais).

Eux clairement, tu leur parles pas d’âge, ou de ce qu’ils prennent le matin au petit déj’. Tu leur parles de prods, de samples, de scratchs et de lyrics affûtés, avec amour et savoir-faire. C’est pas du déjà-vu, comme on dit aux states.

Un autre rappeur qui vieillit pas trop mal – à mon humble avis qui n’engage que moi et ceux qui sont corda – c’est Dany Dan. Dans « Otage », il effleure l’idée des jeunes utopies. Cela m’a rappelé un de mes titres préférés des Sages Poètes de la rue, « Pour qui? Pourquoi », où il rappaient avec Don Choa, de la Fonky Family. Sur cette playlist, j’ai néanmoins choisi « Place Haute / Explosion ». Où ça crie encore Boulooogne avec style, sur un double titre aux instrus savamment cuisinées par Kyo Itachi.

Rap évolution

On le sait, le rap a évolué, un peu comme une culture pas bête, qui sait changer d’avis et grandir. Avec ses 50 ans d’expérience, mais aussi avec les 6 mois d’écoute de ton neveu ou de ta petite soeur.

Dj Dang, Wacko et Be la Beu, soit Létat2Nd, se targuent de faire une musique pour 100 personnes (soit grosso modo la moitié de la capacité de la Boule noire) Avec audace, sur le titre choisi, ils osent citer Solaar, dans un implicite taquin sur les coulisses du show-biz, ou les trompettes de la renommée. Va savoir. Entre rebelle sans pauses et nombreuses causes, sur lesquelles il serait illusoire de s’estimer complet. Ou de l’importance de savoir que lorsque tu regardes l’abîme, il te regarde aussi. Peut-être un hommage au Solaar qui rappait lire Nietzsche, puis s’assoupir. Enfin je crois, faites vous votre propre avis.

Addendum juillet 2025 : après réécoute, je dois dire que j’aime pas trop ce son. Peut-être qu’il est vraiment difficile à interpréter, un peu comme certaines citations défraîchies voire obsolètes. Par exemple, je préfère largement le titre « Encore E2 », qu’ils avaient sorti un an avant, sur une prod’ réalisée en collab’ avec Frencizzle.

Il y a que les imbéciles qui changent pas d’avis. Et peut-être aussi les montagnes. Ce que l’on peut comprendre, vu qu’elles ne se croisent jamais, les pauvres. Bref, passons, y a r. Mais s’il vous plaît, ne faites pas de l’ « air rap » les gars seconds, premiers, ou même derniers du top stream. Allez vérifier ça avec Letat2nd, ce dimanche 10 mars à la Boule Noire. En première partie, ce sera l’occasion de découvrir la « vegan trap », de la jeune Liouba. Les jeunes changent, voilà ce qui dérange.

Et tiens, en parlant d’air, parlons beuh mais bien. Le Peuple de l’herbe, ça vous dit quelque chose ? J’espère. Sébastien Blanchon, qui a longtemps officié dans ce groupe, s’est associée à Charlotte Savary (Wax Taylor). Pour un superbe album, qui pourra rappeler des effluves dignes de Portishead, entre autres saveurs.

Sinon, Arrested Development, ça vous dit quelque chose ? Incroyable, ils auraient écrit d’autres chansons que « Everyday people » ! Non, en vrai ils ont sorti un bel album le 12 janvier dernier. Avec les participations de Chuck D, Skyzoo, et même de Diana King !

Je vous ai ajouté une pincée de The Musalini, un rappeur originaire du Bronx. Il officie notamment sur des prods de l’excellent 9th Wonder. Y a de la qualité, comme dirait un talent scout. Et aussi le joli single du nouvel album d’Olivia Ruiz, que je trouve particulièrement bien écrit. Enfin, last but not least, une chanteuse gabonaise, nommée Pamela Badjogo. Sur « Dans mon agenda », elle convie Mc Essone, et où elle chante que « chez nous, c’est ainsi, on reste debout« . Beau programme.


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Une réflexion sur “Playlist et concerts

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