Comme vous le savez peut-être, le solaarsenal est équipé de balles, qui sont seulement de nature vocale. Ah, si seulement les gouvernements de ce monde pouvaient en faire autant, on respirerait sans doute mieux. Mais ne vivant pas dans un monde imaginaire, je vais me contenter de parler de musique.
À l’ombre du rap français, MC Solaar a sorti un nouveau disque, le 15 mars dernier. Sur le titre « on court« , il tend un arc de mots, comme aux plus belles heures de l’Nmiaccdhtck72kpdp. Rendant élégamment hommage à des professeurs déterminants – coachs assermentés par l’Etat – il se ballade sur une production, où l’on entend des choeurs indiens. Mais nulle trace d’appropriation, plutôt une pelote qu’il continue de dérouler, comme expert en maniement de la mètis. Cette notion philosophique, intelligence rusée qu’avaient conceptualisé les grecs.
L’occasion pour lui de rappeler qu’il ne changera pas de discours, ou qui sait, de dire entre les lignes, « c’est vous qui avez changé, les gars« . Cela m’a rappelé le MC Solaar aperçu dans Le Rugissant, livre de Raphaël Malkin paru il y a quelques années. Une autre histoire, sans doute avec son lot de remixs et de versions. Le ep mérite le détour : sur « Carpe Diem« , décidément obsédé, il s’en prend cette fois à la file indienne. Sacrebleu ! Nom d’un coach vishnu ! Cette espèce de queue leu leu ne garantirait pas le bonheur. Je crois que je suis corda avec ce mentor imaginaire, ne nous précipitons pas.
Comme Dj Krush, Emilie Simon ou Nusky, la culture a toujours procédé par échanges, successions d’emprunts, demande à Claude Lévi-Strauss. Pas le jean, le philosophe. D’ailleurs, est-ce que tout le monde n’inspire pas tout le monde, au moins un peu, ou même parfois en négatif ? Ô dilemmes, ô paradoxes, ok j’abrège.
Et à l’intersection de notre libre-arbitre et des regards portés sur nous, il nous reste le mouvement. Surtout hip-hop parlement, mais ça marche pour toute passion investie à plein temps. Du genre que l’on oublie, pour finir par y repenser.
Clash ou hommage ? La frontière est parfois fine, et l’indifférence difficile à vivre, pour les artistes, ou pour ces jeunes conteurs et commentateurs émergents. Que nous voyons parfois virevolter d’un réseau à l’autre, en quête de (re)connaissances. L’audience tient parfois à rien.
Avec du monde dans la tête
En parlant de mélange, la musique d’Enaé est sans doute aussi le résultat d’une hybridation qui lui appartient. sur « Toi« , titre extrait de son ep 528Hz, elle conte une relation émoussée, évoquant son besoin de transparence. On en a tous rêvé : vaste sujet, tant il est déjà parfois difficile de se connaître soi-même. « Je est un autre« , disait l’autre, toi-même tu sais.
Je vous ai également ajouté un titre de Dinaa, jeune recrue de la bonne maison qu’est Palace prod. Elle nous rappelle le pouvoir qu’a la musique, même pour sublimer un spleen à couper au couteau : celui de la Lisa qu’elle met en scène. Le récit d’une solitude qui parlera à pas mal de monde. Mais la solitude peut aussi être joyeuse. C’est le bon rappel envoyé par Rose Kid, sur une douce prod’ de Blanka (La Fine équipe). Elle n’aime pas trop les gens, mais les aime à sa manière. Weirda style à la Brassens, un peu. « Nombreuse dans sa tête« , elle nous rappelle que l’art n’a que faire des conventions grammaticales, un peu comme l’avait fait Puccino, avec le célèbre Bauza.
Est-ce à dire que la connaissance de soi-même serait une quête sans fin tant ce que l’on croit uni et simple, peut être multiple et complexe ?
Des appartenances et inspirations sans doute multiples, comme les angles sous lesquels on pourrait appréhender la carrière de Dj Muggs. Il est passé à La Place J’y étais, je l’ai vu et entendu, même qu’à un moment il a joué le sample du fameux « Déjà vu », de Lord Tariq et Peter Gunz. Culture, confiture, peut-être que j’y reviendrai.
Clash ou hommage
Grems évoque cette importance de rester concentré, sur une prod’ de NxQuantize. Il est sans doute vrai qu’on aura pas assez d’une vie pour tout approfondir. Le réel est illimité, et il y a 10 000 manières de le raconter. Toutes vraies, surtout quand il s’agit d’art. Question d’angle, et de style, ça prend du temps.
Après cette bonne dose d’égotrip, vous pourrez peut-être apprécier la tristesse sinueuse et grandiose à la fois, qui se dégage du « Troisième couplet », titre extrait de la mixtape « Carbone 14 », sur lequel on peut entendre Phoenix Denja, Cyanure (ATK) et Tchiki’O. Avec un putain de message. Comme Kohndo et Demi P, qui célèbrent l’amitié, sur « Heddi ».
Mais bon, économisons-nous, l’énergie ça se canalise, surtout en périodes de tensions internationales, ce serait quand même ballot de finir avec un darwin award. D’ailleurs ça nous arrive de nous fatiguer nous-mêmes, vous trouvez pas ? Réinventez vous, ki disait.
Et si vous vous dispersez trop, rappelez vous qu’au-delà de sept éléments, l’humain ne s’augmente plus vraiment, ou bien en pure perte. J’ai vu ça sur une vidéo sur linkedin ! Comme quoi, même dans ce terrible lieu très peu chaleureux, on peut trouver des rappels importants, sur l’importance de débrancher la prise, parfois. Sauf si vous êtes sur un lit d’hôpital, là c’est un tout autre débat. Il ne faut pas non plus tout mélanger, ou en tout cas, pas tout le temps.
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