
(crédits photo: Antoine OTT, avec son aimable autorisation)
(article initialement paru fin 2017, et réédité en mars 2025)
L’Or du Commun est un groupe belge qui monte doucement. Un peu moins exposés que d’autres transfuges du plat pays – comme par exemple Roméo Elvis à qui ils ont mis le pied à l’étrier – ils proposent un rap gorgé de bonnes vibrations, avec une vibe à la fois énergique et relaxante. Après deux premiers projets – L’Origine en 2013 et L’Odyssée en 2015 – ils ont sorti Zeppelin en mai dernier, opus sur lequel les bruxellois ont clairement franchi un cap, avec l’apport d’un seul beatmaker ayant réalisé l’ensemble des productions, le lyonnais Vax-1. Rencontre.
C’est dans les loges étroites du Folie’s Pigalle, à Paris, que nous les retrouvons, avant leur participation à un concert aux côtés de Krisy, Hamza et Isha. Une affiche 100% belge dans la capitale, beau symbole de la croissance exponentielle affichée par le rap du plat pays, depuis quelques années. Un plateau qui va attirer une affluence dépassant une organisation ayant peut-être sous-estimé l’engouement autour de ces artistes, et qui aura du mal à faire entrer tout le monde – les pass donnant accès de manière indifférenciée à d’autres concerts programmés en même temps dans d’autres salles. Les trois rappeurs dégagent une belle sérénité quant à la manière dont ils conduisent leur évolution artistique, et savent clairement défendre leur truc, sans trop regarder sur les côtés.
Quels étaient vos objectifs, pour ce troisième projet nommé « Zeppelin »?
Swing : C’est toujours les mêmes : d’abord l’amusement, et continuer à évoluer. Cette évolution se traduit par ce projet un peu plus musical : on a aussi fait un choix un peu plus drastique au niveau des productions, puisqu’on a décidé de tout faire avec un seul beatmaker, Vax-1, qui vient de Lyon. Pour nous c’était un challenge : on n’était plus seuls aux commandes des morceaux, car lui aussi a sa patte
Sur les projets précédents, vous avez travaillé comment, c’était des instrus qu’on vous proposait ?
Loxley : On avait moins d’expérience, et on travaillait avec plusieurs beatmakers. On allait piocher ce qui nous intéressait, et pour « Zeppelin », nos envies ont changé musicalement.
Primero : Les beatmakers étaient moins impliqués dans le projet, disons qu’il y en a dans le lot qui étaient moins pro. Ils avaient des sonorités moins travaillées, tandis que Vax-1 c’est vraiment clean.
Par rapport aux projets précédents, j’ai remarqué une évolution dans le son. C’est un peu moins influencé par les années 90, ça sonne plus actuel, avec des touches plus électro.
Primero : Voilà, c’est pour ça qu’on a choisi Vax-1, parce qu’il se trouvait à cet entre-deux qu’on espérait toucher.
Loxley : Il joue beaucoup de synthé, il travaille souvent à base de samples, avec une facçon très intelligente de les utiliser. Y a des morceaux qui sont 100% de la composition, genre « Léon », et d’autres avec des samples, qu’il digitalise comme il dit. Il va rejouer par-dessus, il va trouver soit des harmonies, soit réaccompagner les mélodies
Il y a un côté assez organique
Loxley : c’est très organique, c’est le mot
« C’était surtout l’amour de jouer
avec la rime et la langue française »
Jusque là, les projets ça a été trois EP, c’est ça ?
Primero : Au final, ce sont des termes qui sont flous. Je crois que c’est un peu par modestie qu’on a appelé ça EP.
Swing : EP, LP, pour moi ça veut plus rien dire tout ça. On peut même considérer un album après l’avoir fait. Peut-être que « Zeppelin », dans trois ans, je me dirai que c’est un album. Parce qu’il aura une place particulière dans la discographie qu’on aura créée. Moi je vois ça plus comme ça. Parce que c’est vrai qu’il a une couleur assez homogène.
En termes de signature avec une maison de disques, vous en êtes où ?
Loxley : On est sur le point de signer via notre label, pour une distribution, alors que jusque-là, on était en autoprod’ avec notre label « La Brique », avec lequel on travaillle depuis le début.
Primero, tu racontes dans une interview que t’avais un peu découvert le rap en te mettant au rap, mais que t’écoutais essentiellement autre chose que du rap ? Comment ça se fait ?
Primero : Déjà, mes parents ils n’avaient pas forcément une mauvaise culture musicale, mais ils écoutaient pas énormément de musique : ils avaient quinze cd’s, à tout péter. J’ai davantage découvert la musique avec les amis, et c’est passé de l’électro au rock, à d’autres choses. Le rap, c’est venu au moment où on a commencé à en faire, mais c’est pas ça qui m’a poussé. C’était plus un amour de jouer avec la rime et la langue française, et c’était le terrain parfait pour pratiquer ça. Il y a peut-être deux trois artistes rap que j’écoutais un peu plus pour leur plume, mais moi y a plein de trucs au niveau de ma culture du rap qui sont des trous béants.
(je me tourne vers Swing et Loxley) Et vous, est-ce qu’il y a des artistes qui vous ont fasciné en particulier ?
Loxley : Moi quand j’étais adolescent, j’étais un grand fan de Kery James, de Idéal J.
Vous avez quel âge ?
(tous) 25, 26 ans, on est de 91-92.
Ok, c’est juste que j’essaie de recouper cette info avec la discographie d’Idéal J
(rires)
Loxley : Au final, on a commencé le rap assez tard pour des rappeurs, vers 20 ans, en 2011.
Cela m’a un peu étonné, sur vos projets précédents, qu’il y ait un décalage générationnel par rapport à vos références, vous citiez Fabe, Big L….
Loxley : Non mais vers 2010-2011, y a eu un retour de ça aussi. Quand j’écoutais Idéal J, on devait être en 2007, on était déjà dedans avant
Swing : Il y a eu un truc comme ça, c’était aussi une façon de faire un peu les puristes, je trouve. Moi j’avais beaucoup ça avec le quatrième membre qui est parti, Féfé Flingue qui est mon cousin. Et nous on avait vraiment ce côté là dans les années 2000, le rap français ça nous plaisait pas trop.
Il y avait une dominante un peu plus caillera dans le discours, dans cette période, non ?
Swing : Ouais voilà, un peu plus tristounette quoi. On est partis dans un délire où on allait écouter des musiques des années nonante, américaines. Mais quelque part avec du recul, c’est une façon de faire un peu les puristes de citer ces artistes là, alors que c’est vrai qu’on n’est pas de cette génération là. C’était ça qui m’excitait au début, d’aller chercher des trucs que les gens écoutaient pas spécialement.
Vous avez un son sur « Zeppelin » qui est très relaxant je trouve. Vous diriez que ça vous ressemble, ou pas du tout ?
Primero : C’est plus rond, c’est plus chaud, et on peut donner ce mérite à Vax-1 je crois.
Swing : Ouais c’est Vax-1.
Primero : On a aussi choisi dans ce qu’il avait des trucs, on s’est dirigé vers cette palette là de lui.
Swing : Moi dans mon esprit, c’est plutôt qu’on a essayé d’écrire sur plein de choses. Et si c’est ça qui sonnait le mieux, c’est en grande partie parce que sa musique appelle à ça. À se poser, à chanter. Même si nous on a écrit et au final on a finalisé les morceaux, parce que d’abord il y avait cette bande musicale et que dessus on a imaginé des textes, il ne faut pas négliger l’apport de l’instru sur les thématiques abordées, sur tout en fait. C’est vraiment la base, les instrus nous ont inspiré.
Loxley : Mais on ne peut pas ne pas se l’attribuer non plus. Cette direction musicale elle est clairement choisie, parce que c’est ce qui nous correspondait le mieux. Et c’est important pour nous, ce côté chaleureux je dirais.
Primero : Et après y a beaucoup plus de chant par rapport à avant, ça joue dans ce ressenti.
C’est surtout toi qui chantes Swing, tu l’as travaillé ?
Swing : Je l’ai pas travaillé, mais dans ma famille on était quand même très musique. On chantait pas mal, c’était plus de l’amusement, mais on l’a toujours fait. Et ça s’est fait assez naturellement. ça m’a pas demandé énormément de travail. J’ai pas ce souvenir d’un travail, mais c’est juste un peu tous les jours.
Primero : Swing il a des facilités. Moi je m’y suis prêté aussi, mais avec plus de réserves pour l’instant
Swing, dans « Léon », tu dis que sans le rap, tu serais devenu fou. Tu le penses vraiment ?
Swing : Non, je le pense pas à 100%. C’est plutôt une façon de crier le fait que le rap m’a apporté énormément de choses. ça m’a influencé, ça m’a donné beaucoup de confiance en moi, ça m’a fait grandir en fait. Et donc c’est plus que juste une musique, pour moi. Et je pense que j’aurais été très différent si j’avais pas fait ça.
Loxley : C’est quelqu’un de très sain.
« Faire valoir son ego dans sa musique,
c’est pas toujours bien »
Sinon, c’est quoi votre truc avec Jean Reno ? J’ai remarqué qu’il était cité sur un morceau du projet précédent où tu faisais référence au « Grand bleu », et il y a carrément un morceau qui lui est dédié sur « Zeppelin ».
Primero : Non, il n’y a pas de morceau dédié.
Swing : Bah il y a « Léon »…
Primero : Ok, je dis « Léon », mais c’est pas un morceau vraiment dédié. En fait c’est à chaque fois moi. C’est mon acteur préféré, je l’avais glissé dans la « poignée de punchlines », il y a longtemps, ça me faisait marrer, et donc j’ai remis une cartouche.
Loxley : En fait sur « Léon » on avait le morceau fini, et puis on trouvait pas de titre, et cette mélodie qui termine par « Léon », au final on s’est dit que c’était un chouette titre. Et on s’est tous juré du coup que le troisième prénom de nos enfants serait « Léon ».
Primero : Je l’apprends maintenant
Swing : Après, c’est difficile de pas aimer Jean Reno.
Dans « Jeu », vous évoquez la recherche de street crédibilité dans le rap. Est-ce quelque chose qui vous soule ?
Loxley : Rechercher la street cred’, déjà la phrase elle est bizarre. Le but d’un artiste au final, c’est de réussir à être le plus vrai, le plus personnel, et c’est là où les gens sont touchants ou pertinents. Faire semblant au final c’est chiant. On se positionne pas du tout contre le rap street, il y a plein de mecs qui sont très street et qui sont très touchants au final.
Swing : Pour moi, c’est pas ça. De manière générale, et pas uniquement dans le rap, je trouve que l’ego c’est quelque chose d’assez malsain et négatif. Et comme on adore le rap, parfois on trouve que faire valoir son ego dans sa musique, c’est pas toujours bien. Il y a des morceaux que j’adore où clairement c’est le cas, mais il faut juste pas faire que ça. C’est pas noir ou blanc, c’est plus une façon de dire » il y a pas que ça« . Il faut quand même faire attention à ce penchant du rap.
Primero : C’est devenu abstrait en fait, ce truc de street créd’. C’est surtout « fais ton truc, sois vrai et essaie juste d’être validé par la qualité de ce que tu apportes ». Je reviens sur ce que disait Swing sur ce que le rap nous a apporté. C’est une discipline dans laquelle on apprend à se connaître à fond, et où avec le temps, on comprend vraiment la nécessité et l’importance d’être soi-même.
L’interlude, c’est du vécu, avec ces deux parents de rappeurs ?
Loxley : Non. C’est devenu tellement à la mode de parler de tout ça. Et la codéïne au final, c’est un truc qu’on a rendu hype, c’est tellement absurde, c’est un sirop pour la toux. En fait c’est de la moquerie gentille et gratuite.
Swing : L’humour c’est une patte qu’on aime bien garder. Après avoir écouté « Zeppelin », on trouvait que ça pouvait être pertinent de rajouter un petit sketch qui dénonce gentiment et simplement le côté parfois absurde de ces drogues qui d’un coup deviennent hype en deux ans, cette espèce d’influence bizarre des Etats-Unis parfois.
Primero : Oui et ça introduit « Jeu », où il y a une pincée d’egotrip, et aussi des petites piques par rapport au genre un peu fake que certains peuvent se donner, et on trouvait ça drôle d’imaginer les mères de certains rappeurs qui peuvent se la jouer très street. Dédicace aux mamans et aux papas (rires) .
Essai àpeuprès-artistique, par oim :

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Une réflexion sur “L’Or du Commun : « fais ton truc »”