Un article qui s’interroge sur les conditions de réception de la musique. Avec une playlist de plus : c’est parti.
(temps de lecture : 5 minutes, pas plus)
Il y a quelques jours, comme cela m’arrive souvent, je suis passé voir ce qui se tramait sur l’infâme réseau X. Sur ces terres arides des réseaux sociaux, la logique et la hiérarchie des informations ne sautent pas aux yeux. Donc très vite, les priorités se disputèrent. Le top « tendances » cherchait à m’attirer, avec un menu racoleur mais surtout incohérent : « Fasciste », « EELV », « Macron », « Juvisy », ou bien plutôt Booba ? Que choisir ? Bien sûr, il était suivi de près par maître Gims – na-ni-na-na-ni-ni-na-oh .
Pris dans cette cacophonie, et sans doute un peu conditionné par des algorithmes absurdes et mon addiction au rap, j’ai alors cliqué sur le tag « Booba », un peu machinalement. Me voilà sur une nouvelle page, me permettant de visionner une vidéo publiée par le média Raplume, et où on peut le voir sauver un petit chien des eaux. J’ai plus ou moins compris. Bref, j’avais peut-être oublié la réf’. À la base, moi j’y allais juste pour partager un article, à propos de l‘album commun sorti par Onyx et LUzine, dans une discussion où on parlait du fait que les médias rap n’en parlaient pas. Et puis ça a dérapé. Mais au fond, n’y étais-je pas pour quelque chose, dans cette mésaventure du quotidien sur Internet ? Pas du tout opposé aux remises en question tant qu’elles se font dans les règles de l’art, je pensais alors à Epictète et à Marc-Aurèle. J’acceptais alors ma part de responsabilité dans cette dispersion informationnelle, et en tirais les conséquences. En plein doute mais la tête haute, je me retirais de X, pour quelques heures.
Économie d’attention
Après l’heure, c’est plus l’heure, comme on vous a dit. Mon conseil bien-être ? Ne pas bloquer, et économiser son attention. Comme toute énergie, l’attention est une ressource limitée, et un jour, eh ben y en aura plus. Et même si vous vous enorgueillissez de votre belle ouverture empathique, vous savez bien que votre compromis idéal « mindset » est foiré d’avance. Une bonne raison de se détendre.
Dans mon dernier article, j’évoquais laborieusement le difficile exercice d’envoi de sa musique, au milieu de la grande guerre de la visibilité et de l’écoute.
Pour mieux servir mon insaisissable lectorat, ainsi que les professionnels de la profession, j’ai donc concocté cette nouvelle playlist : à base de plus de 50% d’extraits de musique, envoyés par différents moyens. Il y a quelques années, le cd promo d’un rappeur assez coté m’avait été apporté par un coursier à moto, comme s’il y avait urgence. Avant que l’interview ne soit annulée, pour des raisons inconnues. Que voulez-vous, j’imagine que c’est ça, ce qu’on appelle le show-business : ça n’a parfois aucun sens. On m’a aussi, plus traditionnellement, envoyé des galettes directement dans la boîte aux lettres, ou remis des disques en main propre. Parfois sans un mot, parfois avec un courrier manuscrit assez stylé, comme Ideal Jim en 2019.
Mais aujourd’hui, le plus souvent, on m’envoie des liens.
1/ Ina Forsman – Stubborn
Ina Forsman, c’est une finlandaise de Berlin, me dit-on. Le 11 avril, elle a sorti l’album « After Dark Hour » : sa soul aux accents rétro n’est pas révolutionnaire, mais elle a son charme.
2/ HolyBrune – « Do Me A Favor »
Le titre et le clip sont vraiment réussis le commentaire de djaftermath4313, arrivé en haut du top des commentaires : « It’s a shame she doesn’t get more recognition. I’ve been rocking her since TR 707. What a great talent and beautiful woman« . Je crois qu’il veut dire par là que sa musique l’a bercé. Si c’est humain d’en vouloir plus, il sera peut-être rassuré d’apprendre qu’en 2024, HolyBrune a enflammé les scènes de Londres à Los Angeles, en passant par New York (logique). Clairement, elle aime toujours autant le funk. Je vais réécouter son ep « JoyRide », sorti en 2021. Où on l’entend chanter aussi en français : c’est beau.
3/ Laïla – Place des Fêtes
Sorti dans un timing pré-covidien pas idéal, ce titre de Laïla a une puissance bien plus grande que son nombre d’écoutes. Dont écoute, et réécoute.
4/ Nneka – Go within
La chanteuse nigériane-allemande a sorti un nouveau titre le 15 mars dernier. Un titre philosophe, quasiment à plein temps.
5/ Little Simz – Free
Un nouveau titre de Little Simz, sorti le 27 mars dernier. Vivement l’album, « Lotus », dont elle repousse la sortie au 6 juin, en raison de sa participation à un film. Elle a annoncé ça le 1er avril : déconne pas, Little Simz.
6/ C.Sen feat. Le Chimiste & Daddy Lord C – Grand Cru
C.Sen convie deux pièces maîtresses du rap du 18ème arrondissement de Paname. C’est grand. Encore plus, si t’as grandi en écoutant la Cliqua. Avec des rimes bien placées, folles ou casse-noisette, un peu comme The Beatnuts. Et du son bien mixé, pour durer.
7 / Fik’s Niavo – Héroïne
Membre du groupe Ulteam’Atom, Fik’s Niavo a sorti un deuxième volume de l’album « Kitengué », le 28 février dernier. Avec un joli texte plein de nostalgie, et Dj Venum qui scratche le culte « Caroline » d’MC Solaar. Et Jacques Brel en feat., dans un bout d »interview sans doute extrait d’un podcast « développement personnel et bilan de vie ».
8/ Idéal Jim – Solaar
Un titre clairement sous-coté, écoutez.
9/ BabySolo33 – « Giulietta »
La musique de BabySolo33 (33 comme la Gironde ?), je dirais qu’elle est mi-dépressive mi-enfantine mi-vaporeuse mi-cequetuveux. Avec plus d’un atout dans son sac à main. En 2022, j’avais beaucoup aimé « SadBaby Confessions« . C’est du son de soirée. Ou de before ou d’after, mais certainement pas de matin gym-tonic. Sur ce titre, elle évoque ses moon boots, mais aussi l’épineux sujet du beauf. Celui qui sommeille, en chacun de nous, ou juste dans l’œil de l’autre. Un concept flou qui a inspiré un livre, récemment évoqué dans Libération. Mais on s’égare, là. Restez sur cet article, c’est presque fini.
10/ Vaudou Game feat Clara Serra Lopez – Râler
Un titre plutôt cool, que je viens de découvrir : avec un conseil bien-être inclus, qu’il s’agit bien évidemment de doser avec parcimonie !
11/ 9th Wonder – Bull City Love (feat. Destiny Nicole & Terrance Lassiter)
Dans mon article précédent sur l’insaisissable sujet du bonheur au travail, je me suis retourné vers 9th Wonder. Patrick Douthit, c’est d’abord une belle longévité. Anciennement beatmaker au sein des Little Brother, il a produit le bondissant « Threat » pour Jay-Z, en 2003. L’occasion de rencontrer en studio Beyoncé, qui l’emmènera produire quelques titres pour Destiny’s child. Tels que « Girl », où on reconnaît bien sa patte.
Sur ce titre plein de chill, Destiny Nicole reprend un refrain que j’ai tout de suite reconnu. Enfin, pas tout de suite, mais presque. Affaire à suivre.
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