Léna Situations, Beigbeder et un peu de musique

Parfois, je me dis qu’avec ces articles, je me complique la vie pour pas grand chose. Dans ce monde plein de fuites en avant sur des vidéos de 15 secondes, les images font parfois diversion. Mais l’image peut aussi sublimer le son. Ou l’inverse. Par ailleurs, elles permettent à des personnalités publiques de s’installer durablement dans votre canapé. Mais non, cet article ne parlera pas de Michel Drucker.

Commençons par quelques observations, faites cette semaine, tant sur le terrain numérique que présentiel.

Dans un café, à côté de ma table, vint s’asseoir une jeune maman, avec un enfant, âgé d’environ trois ou quatre ans, dans sa poussette. Alors que sa maman discutait avec sa propre maman, son enfant se mit à répéter « appelle Mamie ». Ce à quoi la mère répondit : « ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de vidéo que ce n’est pas un appel, ma chérie ». Ah oui tiens, c’est vrai ça : chaque génération possède des réflexes conditionnés par les technologies avec lesquelles elle a grandi.

Couvertures et contenus

Il paraît que les gens ne cliquent plus sur les liens (ou alors pas sur les bons), et qu’il faut les attirer avec des visuels attractifs. Et puis, « qui s’abonne à un wordpress en 2025 ? m’a t-on dit. M’enfin, si la porte est fermée, je reviendrai peut-être en newsletter. Ou en librairie, pour enfin éditer mes meilleurs posts Facebook. Qui sait ?

J’ai aussi entendu, dans je ne sais plus quelle interview, parler de jeunes qui ne regarderaient plus de clips, notamment du fait de leur manque d’originalité. Il est clair que comme pour plein d’autres choses, l’âge n’est certainement pas le mobile principal de nos raisons d’agir.

L’instant coaching :

Mais à quoi sert l’image ? À exciter, à provoquer, et à envoyer du grand spectacle , quitte à en faire oublier la musique. Gérons nos dispersions, avant de tomber dans un grand concours de Tdah collectif, où personne n’est plus synchro, comme fax envoyé par e-mail. Les réseaux privilégient les publis sans liens externes, paraît-il. Quoique ça dépend, apparemment ce n’est pas le cas sur Instagram. Une étude venant de Chine (pays qui semble s’y connaître, en matière de flux vidéos attaquant au cœur du cerveau), publiée il y a un an, avait montré que plus les enfants regardent des vidéos courtes, plus leurs résultats scolaires déclinent.

Alors, est-ce vraiment prioritaire que je rejoigne cette grande foire à la saucisse, où il faut aller voir tout le monde, tagguer tout le monde, dans le but d’être vu par beaucoup de monde ? Avec, en cas de succès, une chance non négligeable de contribuer à détériorer un peu plus les capacités d’attention des adultes et des plus jeunes qui, c’est connu, suivent un peu leur modèle. Je ne crois pas, non. Et puis, comme disait Flaubert cité par Bourdieu, lui-même cité par moi-même (mdr), tout est intéressant, à condition de le regarder assez longtemps. Sauf qu’au bout d’un moment, ben on s’ennuie, un peu comme quand on court après la prochaine vidéo. Machinal comme IA, qu’on n’a pas entendu pour avoir des automatismes. Auxquels on ne se réduit pas, comme à sa fiche de poste. Question de dosage et d’équilibre. Ou de liberté, comme adaptation propre à chacun, qui nécessite le pari fou de (se) faire confiance.

Je crois que nos tweets, nos « reels », nos threads et nos skeets désynchronisés mais néanmoins exposés, ils m’ont un peu fatigué. Sans compter les emojis, qu’il faut savoir distinguer de leurs utilisateurs. Doucement, je vais tenter de m’éloigner de ces plongeoirs mal fagotés et nommés « réseaux sociaux ».

Hier encore, sur les réseaux

Oh tiens, regarde, une vidéo de 15 secondes !!!

Hier matin, alors encore en caleçon, je tombai sur un « short », un extrait, un teasing – appelez ça comme vous voulez – d’une interview de Léna Situations alias Léna Mahfouf, sur France Inter. La jeune autrice, remise de son octogone avec Frédéric Beigbeder, répondait à une question à propos de lui, à qui elle a malicieusement dédié son livre. Car finalement, disait-elle, c’est « toute une génération » qui a été attaquée, et « sa façon de communiquer sur les réseaux sociaux« . Carrément.

La journaliste rebondit avec ferveur :

– un mépris de génération ou un mépris de classe ?

– je pense que c’est les deux. C’est un snobisme intellectuel, c’est un snobisme de classe et un mépris générationnel

Marx et ça repart

Je ne sais pas de quelle classe sociale il était question. M’enfin, ça fait longtemps que je n’ai pas lu des extraits de Marx (qui par ailleurs, avait un vrai souci de concision). Cependant, je pense que c’est plutôt intelligent d’avoir tirer parti de cette attaque assez inélégante de Beigbeder. Peut-être que ça a motivé certains à rejoindre son public, qui sait. Et ça se recycle bien en short vidéo.

Sur un autre réseau, plus tard, je suis tombé sur un autre extrait de la même émission. Léna Situations remerciait, émue, la journaliste Sonia Devillers d’avoir lu son livre, après que celle-ci en ait lu quelques phrases, dans lesquelles Situations souligné l’importance de continuer à créer, malgré le regard des autres. Car « ce n’est pas tout le monde qui le lit,quand on fait des interviews« , précisa-t-elle. Je me demande si le plus grave là-dedans ne réside pas dans le fait que ces autres interviewers n’aient pas eu la délicatesse de lui faire croire qu’ils avaient lu son livre. Il y a donc plus rustre que Beigbeder !!

On sait que le succès public peut parfois éclater comme bulle spéculative. Aussi, souhaitons le meilleur à Léna Situations et à Beigbeder, qui ont un certain talent pour ne pas se faire oublier. Même parfois sans le vouloir, sans doute. Et qui sait, peut-être qu’un jour il la recevra dans son podcast chez Lapérouse, pour un moment de communication non violente, d’échanges cordiaux et nuancés.

Ici, voici quelques titres, que je préfère écouter en boucle, pour me préserver de toute fuite en avant.

D’abord, la douce Amber Mark. Déjà, parce qu’il est tôt, à l’heure où je fais cette sélection. Mais aussi et surtout parce que sa soul dégage un groove excellent. Je crois que je suis fan.

Ensuite, Tame Impala. Déjà, parce qu’il y a pas de raison non plus que je me concentre sur les artistes peu connus, mais surtout parce que ce titre est follement entêtant, entre son piano en boucle, et ses phases de house syncopée.

Et allez, un petit son de Beastie Boys. ça n’a rien à voir, mais je viens de me rappeler que je les avais vus en concert à Bercy en 1998 ou 1999 (dans l’AccorArena, pour les jeunes rebrandés).

Sudan Archives, parce que son dernier disque est vraiment excellent, et qu’on a sans doute rarement aussi bien mélangé le violon et les machines. Et parce que comme dirait Léna situations dans Encore mieux, citée par Sonia Devillers : « l’important, c’est de continuer de créer« .

Le léger récit du non-dialogue entre Frédéric Beigbeder et Léna Situations vous a plu ? Ne loupez pas la suite, par ici !!


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