Le son de la semaine n°8

Vous ne l’attendiez plus, ou peut-être l’attendiez-vous sans vraiment le savoir. Car oui, vénérables lecteurs, vous êtes des êtres complexes, bien plus raffinés que des bots ou autres agents IA. Car oui, vous possédez un inconscient (qui lui-même vous possède). Et en effet, je vous présente ici le son de la semaine n°8.

1 271 mots, temps de lecture 7 minutes.

Temps de son : 2 minutes 33, peut-être plus.

Chers lecteurs, chères lectrices : vous êtes bien bon(ne)s avec moi, et je vous souhaite vous en remercier. En effet, aucun(e) de vous ne m’a fait remarquer mon retard, quant au moment de publication de ce son de la semaine n°8. Cette délicatesse me touche, que dis-je, elle m’oblige. Au passage, j’en profite pour saluer les quelques personnes qui ont rejoint l’aventure.

Ok, j’arrête mon char. Mais alors que le tout-Paris germano-pratin fait actuellement résonner le nom de Thélysson Aurélien dans une large polémique à entrées multiples, je ne me lancerai pas dans quelque guéguerre inutile. Sur ce sujet, je me contenterai de vous conseiller de regarder le dernier numéro de « C ce soir » sur France 5, ou encore un article de l’écrivain Mohamed Mbougar SARR, que j’ai retweeté ce matin (lundi 28 septembre) à partir d’un tweet de Daniel Schneidermann. Enfin, vous faites bien ce que vous voulez.

Cette semaine, que choisir ?

Il y a des sons qui durent longtemps. Est-ce que les Crusaders auraient pu se douter que cette explosion de cuivres, au milieu d’un titre de 6 minutes 43, perdurerait si longtemps ? Si je vous en parle, c’est que mon intention initiale était de vous présenter ici le titre « Water baby », des anglais Tom Misch et Loyle Carner. De quoi me réchauffer pendant quelques heures, pour me renvoyer plus de 25 ans en arrière, quand mon corps d’adolescent dodelinait sur ce groove impeccable de « la Fièvre », chanté par NTM, le suprême. Un titre un peu mal aimé par ses créateurs, mais fort efficace.

Grâce à whosampled.com (vous pourrez dire que j’ai écrit mon article avec l’aide de cette intelligence collective numérique), j’ai ensuite réalisé que ce sample avait été bien trop utilisé. Et que cela ne voulait pas pour autant dire que c’était la plus bonne de leurs chansons (ah, les chansons…). Bien sûr, dans un français plus délicat sur les conventions grammaticales, on dirait plutôt « la meilleure de leurs chansons ». Mais bon, du Suprême NTM à Aya Nakamura, la musique est aussi licence poétique (big up à Georges Brassens).

Restons focus maximus

Il faut de la concentration, il faut de la densité. La plupart de nous a sans doute expérimenté ce genre de conversation, tout en mollesse des réseaux à distance, qui termine sur une question suspendue, ou autre vent. C’est humain, mais si on ne parle pas de météo pour combler le vide dans l’ascenseur (c’est ce qu’en sociologie on appelle des « ressources sûres », dans la mesure où elle permettent de « meubler » en toute simplicité sans aborder des sujets potentiellement clivants. Typiquement, dans un ascenseur avec un inconnu, ou pire, un collègue de travail mal connu), c’est un peu ennuyeux. Bref, pour échanger, il faut du rythme, et de l’engagement, un minimum.

Aujourd’hui je placerai donc le titre du groupe d’un artiste que j’ai rencontré de manière tout à fait fortuite, il y a quelques mois. En ce temps là, je me sentais un peu comme un avion, mais sans ailes. Loin de moi l’idée de jouer les Michel Fugain de banlieue, mais j’ai l’impression d’avoir aujourd’hui un peu plus d’air dans les voiles, que je n’en avais à l’époque. Et si je ne suis pas libre comme l’air, qui lui-même n’est pas toujours absolument libre, la réciproque est-elle vraie ? Je vous le donne en mille : la réponse est évidente, c’est non ! Car l’air ne pense pas, lui. Et l’air de rien, je m’efface désormais, rasséréné par l’énergie vivifiante que me propose l’écriture.

Au fond, il n’a pas complètement tort, le philosophe Charles Pépin, lui aussi fort présent sur mes écrans et haut-parleurs : quand l’esprit est parcouru de mille fourmillements, l’action nous fixe et permet de concentrer nos énergies. Bref, un peu tout le contraire de ce que peut produire l’excès d’écran, quand il est mal maîtrisé. Et Nothomb, que je n’ai jamais lue mais souvent vue en interview, n’a pas non plus complètement tort : du côté de la production, ce serait étrange de confier à une machine ce que l’on a plaisir à faire. La question des revenus et des batailles qui défendent le champ éditorial, il me semble que c’est un autre sujet. Dans une discrétion assez puissante, j’avais tenté de taquiner le sujet, dans deux articles, écrits avec l’aide de la fée électricité, mais sans doute aussi celle d’Internet et de toutes sortes de calculs dépassant mes capacités cognitives (salut Léna Situations, bonjour Monsieur Beigbeder !)

(Bref, travaillons nos intersubjectivités)

Le son de la semaine, c’est maintenant !

Mais ne nous égarons pas. La musique c’est très immatériel et pas facile à suivre, voyez-vous. Parfois la musique arrive sans tambour ni trompette. Un artiste inconnu au milieu d’un festival, un son inconnu sur le dancefloor, une chanson s’échappant d’une sono croisée lors d’une balade. Ou que sais-je encore, de la part d’attaché(e)s de presse également : le son peut nous marquer. Et peut-être dix ans après, qui sait, vous en rêverez encore.

Toujours est-il que je suivrai l’invitation implicite à se concentrer sur les actes musicaux, plutôt que sur ces êtres, si changeants et pourtant un peu « still the same », comme dans « Nightcall » de Kavinsky. Ou une autre chanson, de Céline Dion, c’est selon. Par ailleurs, je crois qu’on peut tirer quelques enseignements des présentations d’un autre penseur public, Albert Moukheiber : les gens peuvent changer, mais ça vient surtout d’eux-mêmes, et en plus personne n’est tout le temps le même. C’est en tout cas ce que j’ai synthétisé dans un commentaire de réseau brouillon, que je pense pouvoir garder au propre. Ce matin, j’écoute Fred Dupont (merci HolyBrune pour la découverte) : le rythme va m’aider à finir cet article.

Le son du jour, c’est celui du groupe font fait partie un artiste rencontré complètement par hasard. J’exerçais un job alimentaire, destiné, comme le nom l’indique, à pouvoir m’alimenter, dans le sens le plus primaire du terme. Un travail qui, outre les quelques deniers qu’il m’apporta, ne contenait aucune qualité. Pire encore, ses seuls attraits ou intérêts se situaient précisément à l’endroit où l’on pouvait moquer son cadre complètement absurde et décalé. Mais comme j’en dis trop ou pas assez, je referme cette parenthèses (non pas en charentaises – je suis pas Vald – mais en chaussettes). Cela m’a fait du bien d’en parler, un peu. Comme Fabe sur « Sad Hill », je vous dis merci.

Maintenant place aux artistes : BESS DRSSD, formé par Young Fyre et Trinidad, deux artistes américains. une contraction de « best dressed ». Peu porté sur la mode, ce n’est pas cela qui m’a convaincu de choisir un de de leurs titres. Le groove de Bess Drssd est très bon, et c’est là l’argument décisif

J’aurais pu vous parler de l’impressionnant parcours de Young Fyre, et des nombreux grands artistes pour lesquels il a travaillé. Mais cela ferait sans doute trop pour cet article, déjà un peu touffu, il me semble. Ce sera peut-être pour une autre fois.

Je réécoute et je sélectionne celui que je préfère ce matin, au sein de leur album « What’s the dress code », sorti en juillet dernier. Leur son engage, et même mieux il porte : ça groove un max et m’engage à démarrer cette semaine du bon pied. J’allais partir sur « Hands to myself ». mais finalement, c’est la ballade DPMO qui emporte la mise. Semée d’embûches, si je comprends bien. Une ballade, avec deux L, qui vole vers moi.


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