Pendant que les journalistes du Figaro devisaient sur leurs rencontres avec ce bon vieux Lou Reed, du temps d’avant jadis… je ne suis pas resté inactif. C’était le temps d’avant. Cela dit, rien non plus dans cet article sur les sorties de Drake. J’espère que vous me suivez, ou qu’au moins, vous me lisez de temps en temps. Enfin, l’important est de lire cet article. En diagonale, en moonwalk, ou même à l’aveugle, une fois la musique lancée.
Trêve de blabla, voici quelques titres que j’ai sélectionné, avec humanité je l’espère. Mais aussi grâce à Internet, ce bel outil.
De 1975 à 2024
Nino Ferrer & Guts, Florian Pellissier
Commençons en douceur, avec l’extraordinaire Nino Ferrer. Guts, artisan sonore discret, à la vivacité non démentie depuis Alliance Ethnik, a été convié à réhabiller « Le sud« . Musicalement, il y a deux ans, en compagnie du pianiste-clavièriste Florian Pellissier et de Patchworks
La musique de ce doux chanteur, parti trop tôt en 1998, ne pouvait certainement pas se résumer à « Mirza » ni au « Téléfon ». Cela aurait été aussi réducteur que de résumer le Saïan Supa Crew à « Angela« , NTM à « La fièvre« , ou Bobby Caldwell à « What you won’t do for love« . Marqué par le grand écart entre ses succès populaires et quelques disques pointus, il aurait quelque peu souffert de ces états d’âme, bien connus des artistes . C’est connu le goût du public, n’est pas forcément celui de l’artiste. Par exemple, à une échelle micro, un auteur d’un des titres choisis dans cet article, m’a confié qu’il n’aimait pas trop son remix. Pas grave, moi je l’aime bien.
Et quelle que soit la noblesse prétendue de l’art, la caillasse ça compte aussi. Même si l’on considère le son comme un art mineur, comme Gainsbourg. Ou qu’on sache s’en amuser, « artiste mineur…de fond« , chantait Nougaro.

Bien sûr, la maison près de la fontaine a fini par s’effacer. Pendant ce temps là, des grandes surfaces ne s’embarrassaient pas de telles complications. Ainsi, Carrefour n’hésitait pas à singer la religion, affirmant dans un slogan qu’ « un client c’est sacré ». (Alors que pas vraiment !)
Mais au fond, ce qui compte, c’est de vous dire que « Le sud », cette magnifique chanson un brin fataliste face au tragique de la guerre, ce fut d’abord « the south« . Avant que la maison de disques de Ferrer ne lui impose d’enregistrer une version française.
Cet album, nommé « Nino and Radiah et le sud », dont je n’ai longtemps connu que ce single éternel, s’écoute sans doute aussi bien avant qu’après ses remixes de 2024. Radiah, c’est Radiah Frye, qui apporte sa touche vocale à ce disque complètement planant. Au passage, vous pourrez débattre de l’éventuelle supériorité du physique sur le numérique. Et à travers sa pochette, de ses mutations iconographiques, celles-ci ayant trouvé leur dernier avatar dans les dessins de Blutch. Il est vrai que par équité, il aurait pu lui aussi poser à poil. Tout en préservant la décence commune, par une habile pose. Honni soit qui mal y pense.
Kiffez donc cette version de 2024, dans laquelle Ferrer chante dans sa langue natale : tutto va bene.
Sorti en 2025
Elia Orson – Haunted
Avez-vous remarqué le temps qu’on perd parfois, dans les élans contrariés, les échanges désynchronisés et les feintes en tout genre ? Qui n’en sont pas toujours. Des fois on anticipe trop, et des fois pas assez. C’est comme ça. Je ne sais pas pourquoi je vous parle de tout ça moi, mais pas de conversation sans prise de risque. Puisque même quand on se terre, ça nous engage, quelque part, t’as vu.
Et la mort de la conversation c’est pas une bonne idée, demande aux jeunes qui ont du mal à dépasser le stade du texto. Pas maintenant, mais plus tard. Mais bon, jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Ni le journaliste du Figaro avec ses anecdotes presque aussi vieilles que le concours de l’Eurovision. (Reconnaissez que j’ai quand même été inspiré d’ignorer quasiment sans interruption ce concours de chant, depuis mon entrée dans le « game » de l’audience musicale, quelque part dans les années 90).
Mais halte aux égarements. A la base, ce paragraphe devait parler d’une chanteuse marseillaise, Elia Orson. N’ayant malheureusement pas pu me rendre à son concert parisien, auquel j’ai été personnellement invité (parmi d’autres professionnels du milieu, du métier, plus ou moins actifs) Mais surtout, et c’est d’abord pour ça que je vous en parle, j’ai fort apprécié ce titre, ci-dessous. Une pop un peu sombre, qui rappelle un peu la vibe d’Adèle. Mais comparaison n’est pas raison. Donnez lui une chance.
Ci-dessous, écoutez « Haunted« , extrait de l’ep du même nom, et sorti en 2025. Dans son clip inspiré, on aperçoit quelques livres. C’est son côté Stephan Eicher, peut-être, pour patienter. Pas sûr mais peut-être.
2026 – C’est tout frais, ça vient de sortir
Max Rad – Stick to me like glue
Connaissez vous Max Rad ? Je demande, parce qu’à la différence des personnes exposées, dès leur plus jeune âge, à la musique de Jul et de BigFlo et Oli (total respect hein, la liberté d’autrui tout ça…), le succès de Max Rad me semble confidentiel. Alors attention, loin de moi l’idée de vouloir hiérarchiser sans tact vos préférences musicales, ou pire, de m’avancer tel un apôtre du bon goût.
C’est pas tout ça mais l’heure tourne. En fait c’est simple, grâce à mon algorithme et son incroyable mémoire, mon fil Insta m’a informé qu’il avait sorti un nouveau titre. C’est doux et ça groove. Et c’est déjà pas mal.
2026, c’est toujours One for the plume, 2 for the show
Lektor – j’ai lâché la plume
C’est une histoire de plume, forte et légère. Ici Lektor comme en réponse à son « Lâcher la plume« , délivré neuf ans auparavant. Un peu comme Rocé, il pose des questions. Mais en les posant, je crois qu’il y répond, au moins en partie. La prod’ est de Kinchino, comme sur le reste de l’ep « J’ai lâché la plume ». 5 titres de très bonne facture, dont je vous recommande chaudement l’écoute.
Si vous me lisez souvent, peut-être avez vous remarqué que ça fait plusieurs fois que je partage des titres d’artistes avec qui il a travaillé. Comme par exemple dans cet article. Pas de partenariat non, mais juste un plaisir renouvelé. Cependant, les règles élémentaires de l’éthique et du rap à jouer exigent que je révèle l’info suivante : j’ai scratché aussi sur une de ces productions. Un titre du old timer Jean Jean, issu du crew R-Mythe, ce groupe relativement confidentiel, que l’on peut notamment croiser dans « ‘Odyssée de la mixtape », le fameux livre publié par Bursty de Brazza.
Hemo & Tchiki’O – Le Cercle
Et si le temps d’écoute avait ses raisons que la raison ignore ? Bientôt deux mois après la sortie de « Double dragon » par Hemo et Tchiki’O, c’est le bon moment pour relayer ce titre d’Hemo et Tchiki’O. Tchiki’O aussi, je vous ai déjà parlé de lui dans quelques articles. Hemo il me semble pas, ou alors j’ai oublié. Mais ce qui compte c’est ce titre, maintenant. Car oui, c’est un bon titre de rap, ça c’est sûr, sur une prod’ de Laukovsky. Extrait de leur hautement recommandable album « Double dragon », sorti il y a quelques mois.
Dj Premier & Alchemist – « For the gig »
Je crois qu’on ne les présente plus. Dans la foulée de leur tournée européenne, ces deux légendes du rap US sont en mode ambianceurs.
GENER8ION – STORM starring Yung Lean
Happé par les images de Romain Gavras pendant quelques semaines, je n’avais pas encore compris que le titre comptait 2 parties. Aujourd’hui en streaming, je réalise que j’ai une préférence pour Storm 2. Parce qu’il y a un goût de « vas y reviens », ou de « reviens y ». Genre « c’est pas fini. Reparlons-en, vers 2034, ou quelque chose comme ça.
BONUS
Hus Kingpin – Majestic
Ce titre d’Hus Kingpin, parce que c’est frais, c’est chaud. Bref, il y a le beat qui tue comme Cutee B, Et le flow aussi, ça tombe bien. Avec des barz et du wordplay, un peu tout ce qu’on aime, au pays du hip hop. Et il y a du très beau monde qui bosse avec lui, notamment des mecs du Wu-Tang, toujours vifs. T’façon c’est connu, la hip hop renaissance, c’est tous les 5 ou 6 ans en moyenne, d’après mes calculs.
Epsilon Baku – Châteaux et dinosaures

Ce matin encore, je lisais des mails de publicistes qui ne liront probablement pas ces lignes. “Le savoir est une arme”, rappait le Ministère A.M.E.R . Je dirais même plus, c’est une arme de longue portée, à manier à bon escient, sans exagération. Epsilon Baku aussi, ça se sent qu’il a grandi avec du rap pour s’élever. Ici sur une prod’ de Phalo Pantoja, y a des hauts mais y a débat. Et c’est tant mieux. Comme Shurik’n d’IAM, quand il rappait sur “les Miens” : “à lire plus de bouquins, à moins faire le malin”. Dont acte d’écoute.
Au fait, peut-être trouvez-vous mes articles pas inintéressants, et que vous seriez pas contre me donner un p’tit coup de pouce. Et puis même si on s’amuse bien, c’est du taf. Et c’est connu, tout travail mérite salaire.
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Une réflexion sur “Quelques sons qui ont pu échapper au Figaro”