Comment différencier un bon remix d’un mauvais remix de rap ? Comme dans le sketch des Inconnus sur les chasseurs, la réponse n’est pas simple. Ce qui est sûr, c’est qu’un remix réussi donne une nouvelle vie au son. Voici une sélection, évidemment non exhaustive.
En gros, on peut diviser le monde des remixes en deux grandes catégories. Ou peut-être trois. Bien évidemment, cela peut impliquer des sous-catégories. Mais entrons plutôt dans le vif du sujet.

Des remixes par le featuring
Une première catégorie de remixes de rap repose entièrement sur la performance vocale d’un invité, puisque la production instrumentale est inchangée.
Dans ce registre, commençons par un cas d’école. S’il existait un cursus spécialisé dans l’art du remix de rap, ce titre figurerait en tête du programme.
En 1996, Busta Rhymes se lance en solo et arrive comme une déflagration dans le rap US et au-delà, avec son flow reconnaissable entre 1000. Avec à ses côtés, son partenaire Rampage the last boyscout. Non content de s’imposer comme un personnage à part, dont l’influence se fera ressentir jusqu’ici, Busta va convier un autre fou chantant pour le remix : l’incroyable Ol’ Dirty Bastard (Wu-Tang Clan).
Plus tard, je me souviendrai avoir lu pour la première fois sur ce vinyl, acheté à Châtelet, la mention d’un certain Jaydee (ou J Dilla). En effet, alors que l’on devait la production originale à Rashad Smith, Dilla réalisa un sautillant « Jay-Dee bounce remix ».

(j’ai égaré lé vinyl je ne sais plus où, peut-être dans le bac d’un collègue dj, à une date indéterminée. Je crois que je vais le racheter , il est pas trop cher)
Et puis le clip (après une première vidéo pour l’original) est fou. Accrochez bien votre camisole, ça décoiffe.
Faisons un bond dans le temps, pour nous rendre 23 ans plus tard, en 2019. La version originale de « Blue lights » est simplement fabuleuse, et propulse une fois pour toutes Jorja Smith, parmi les grandes voix de la soul actuelle. Son label a alors la bonne idée d’organiser une seconde version, dans laquelle Dosseh va ajouter quelques couplets. Un peu comme Ärsenik avec Davina, une vingtaine d’années auparavant, une voix soul anglo-saxonne va avoir une version augmentée de rimes françaises.
Sobre et sans fioritures, Dosseh ramène du contexte français, en évoquant la mort d’Adama Traoré. Face aux « blue lights », il prolonge la question tragique des relations avec la police… « même si t’as rien fait, détale« .
Des remixes par le son
Une deuxième grande catégorie
Allez, demi-tour vers les années 90, avec Das EFX (et leur fast flow plein de iggedys) remixé par légendaire Pete Rock, en 1995. Je crois qu’il n’y a pas grand chose à ajouter.
Cher lecteur, chère lectrice, plus ou moins jeune, si tu ne connais pas encore, il est grand temps de combler cette lacune :
C’est pas tout ça, mais en 2026 ça rappe encore. H Jeune Crack est un jeune emcee. (Il faut dire que « H Vieux Crack » n’aurait sans doute pas été une super idée de blaze) Après cette parenthèse écrite en charentaises, je dois surtout vous dire qu’il a organisé un concours de remixes. Je sais pas qui a gagné, mais je suis tombé sur ce remix de Mattip Music, et j’ai bien aimé. Sur une prod’ qui part doucement en uptempo, dans une vibe UK garage. C’est fort efficace.
Ce remix de Kohndo par Jee Van Cleef, il est cool aussi.
Et parce que ce remix me semble pas si connu, j’ajoute le remix « Noir château » du titre « La saga« . C’était le premier single du mythique album « L’école du micro d’argent« . Alors que l’original avait été produit par Imhotep et Kheops, c’est Akhenaton qui réalisa ce remix. Avec, comme invités de marque, des emcees de la Wu-Tang family élargie, issus notamment des fameux Sunz of Man.
Des remixes « feat. + son«
Il y a ensuite les remixes où tout change. Le son, mais aussi les couplets. Alors, que reste t-il de l’original ? La thématique, bien sûr. Autant dire que pour que ça se tienne, mieux vaut convier des rappeurs sachant écrire avec style. Du genre de ceux qui n’aiment pas seulement leur flow, mais aussi leur dictionnaire. Les remixes qui suivent s’inscrivent dans cette lignée.
Le titre original « Epoque de fou » de Koma était déjà brillant. Un story-telling aussi saisissant qu’un film d’Alain Corneau, pour décrire « »l’époque de fou » des années 90. Le titre tourna largement dans les enceintes de France et de Navarre, boosté notamment par sa présence sur la légendaire « Hip Hop Soul Party 3 » de Cut Killer.
Le remix propose un autre style. Sur un son produit par Haroun (un de ses compères de la Scred connexion), Koma est rejoint par Fabe et Ekoué (La Rumeur). Alors que l’original prenait une forme cinématographique, ce remix, à l’instru lancinante, a la froideur d’un constat d’huissier.
Dans la même catégorie, il y a le remix d’un autre classique : « 1 pour la plume » de Flynt, mais version équipe. Un pur concentré de 18ème. Flynt y est rejoint par Aki la machine, Mokless (Scred Connexion), Jp Manova… Ah oui, et aussi Ekoué (la Rumeur), encore lui ! De quoi faire claquer la langue de Molière, nous disent les lettres de Mokless.
Il est clair que j’aurais pu rajouter un paquet de remixes. Au moment de conclure cet article, une foule d’autres titres se bouculent au portillon de ma mémoire musicale. Mais puisqu’il faut bien conclure cet article…
Bonus
…merci à Nemo Nebbia et Keizan, pour l’inspi. Leur sortie du remix de « Vents contraires« , il y a quelques semaines, m’a donné envie d’écrire cet article. Il rentre dans la 2ème catégorie évoquée. Coup sur coup, vous pourrez découvrir l’original, puis « le remix en bonus » , pour paraphraser les X-Men. Récemment, j’avais aussi évoqué une chouette K7 numérique de remixes, sortie par LVMX.
Au fait, peut-être trouvez-vous mes articles pas inintéressants, et que vous seriez pas contre me donner un p’tit coup de pouce. Et puis même si on s’amuse bien, c’est du taf. Et c’est connu, tout travail mérite salaire.
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