Arrivez-vous à suivre ?

Moi oui. Enfin, plus ou moins, et pas tout le temps. Tissant ma toile sur ce blog, tel un spiderman de l’association d’idées, il s’en fallut de peu que j’oubliasse de rebondir sur la conclusion d’un de mes derniers articles « playlist ».

Mais c’était sans compter sur les rappels de quelques lecteurs avisés, férus de culture, et autres confitures pour l’âme. Et si cet article ne sait pas forcément où il va (l’article, pas moi hein), le savez-vous pour vous-même ? Dans certains de mes articles ici, vous avez pu lire le récit de mes pérégrinations (bordel, au scrabble ça peut rapporter) numériques. Et si c’était là un « carnet de bord numérique« , comme me l’a demandé récemment un lecteur abonné ?

Face à la toile

Il y a sans doute un peu de ça, oui l’ami : seul face au grand fatras qu’est devenu Internet (à la différence de Calogero et Passi, qui eux étaient face à la mer : ça arrive à tout le monde), il faut bien prendre quelques notes, pour rester concentré et, un peu, cohérent. Car finalement, peut-être qu' »internet, c’est déjà le passé » et qu’ « on se fait chier devant Internet » ? C’est en tout cas ce que disait un membre du groupe Columbine, Foda C, interviewé pour un reportage un peu chelou d’Arte, il y a quelques années déjà. Ô joie du sample !

Visionnaire ? On ne sait pas, mais il faut bien tenter des trucs pour avancer. Comme Kool Shen ou Shurik’n avec leur flow, à la fin des années 90.

Sans forcément le savoir, Foda C faisait peut-être référence à la « merdification », ce « processus inexorable de dégradation de la qualité des services sur les plateformes numériques« . Un concept forgé par l’activiste et journaliste canadien Cory Doctorow, et que Le Monde évoquait récemment. Et si parfois, « trop d’impôts tuent l’impôt » (pas tout le temps, et sans doute pas en ce moment, où un peu de justice fiscale serait la moindre des choses) peut-être que trop de réseaux tuent le réseau ? Mais trop comment, à quel niveau ?) Au top de la visibilité ou non, en 2025, qui prétend vraiment maîtriser toutes ses connexions ? Et ne parlons pas des cookies.

Alors oui, souvent on s’y fait chier, sur Internet. Un peu comme la vraie vie d’avant qui était chouette aussi : ça peut tout autant être nul que bien.

Notifications, mode silencieux… une vaste gamme d’options

« Je pige pas tout à tes articles, mais merci pour les sons« . Un message reçu en plein cœur, au saut du lit. C’était un mardi, à 7h04 : un peu trop tôt pour moi. Mais moi stoïcien, cela m’apprendrait à ne pas mettre mes notifications en veille, pour éviter d’être pris au saut du lit. Car oui, intérieurement, je poursuivais la quête que tout honnête homme (n.b. : ou femme. Incluons-nous c’est important, avec ou sans écriture inclusive, car les mots ne font pas tout, so/ Dalida) poursuit. Celle de se sentir compris(e), un peu.

Et j’en place une pour la fonction RH

Et comme tout scribe un brin esseulé,  sans relecteur ni hiérarchie, j’ai parfois envie de chanter, comme PNL il y a dix ans : « je comprends pas pourquoi on me comprend pas ». C’était sur un titre de leur mixtape « Que la famille », sortie en mars 2015.

« Explique mieux aussi, nan ?? « , aurait-on pu être tenté de répondre aux deux frères les plus insulaires du rap français, si on prenait le rap au pied de la lettre. Ou encore si on confondait licence poétique et licence IV. On se serait fourvoyé par une telle réplique, bien sûr. Car l’art autorise à rester flou, ou encore à ne pas se rendre à son propre Planète rap, comme PNL, fin 2015.

Cette émission dans laquelle ils ont brillé par leur absence, elle peut être vue comme partie intégrante de leur œuvre. Car l’art, voyez-vous souvent, c’est aussi la possibilité de dire les choses, sans chercher à avoir le dernier mot, et même si vous avez oublié de dire :  » c’est pour la culture !« .

Chacun de nous s’est déjà heurté à un interlocuteur prétendant nous avoir compris, alors même que sa reformulation de nos propos nous donnait la conviction que ce n’était pas le cas. Tu vois ce que je veux dire ? Et c’est ok de pas se comprendre parfaitement, t’as capté : poursuivons nos recherches.

Face à toute expression voulant s’affranchir de la hiérarchie (big up Stupeflip) ou autre type de censure, nous avons une liberté cruciale : celle d’interpréter, sans non plus prétendre avoir le dernier mot. Et qui prétend faire du rap… quand on lit, on  trouve aussi ce qu’on apporte. Vous le savez bien, les différences de ressenti et de jugement entre deux personnes, à l’égard d’une même œuvre sont parfois frappantes. « Vous n’avez pas vu le même film« , entend-on parfois dans « Le masque et la plume« , cette émission un peu bourgeoise, sur France Inter. On n’a pas le même avis, et c’est ça qu’est intéressant, quand on en parle. Pour peu que ce genre de dialogue ne soit pas trop pollué par les ingrédients freinant parfois la sincérité : la distinction sociale, le conformisme, la honte, les complexes ou encore la peur, consciente ou non, de déplaire.

Revenons à nos échantillons

Je veux revenir ici sur la beauté insoupçonnée du sampling, ou « échantillonnage », en français. Il aura donc fallu une bonne quinzaine d’années pour que je découvre le titre samplé par un de mes groupes favoris, A tribe called Quest. Un échantillon utilisé dans l’excellent « Find a way« , servant de base mélodique au refrain de ce single extrait de « The Love Movement », sorti en 1994.

Le 11 mai dernier, je jouais à me prendre pour le secret le mieux gardé du journalisme musical français, et publiais un article « playlist », nommé « 11 titres bien reçus ». Un article lunaire, voire peu clair, à mon avis. Il faisait lui-même suite à un autre article publié le jour de la fête du travail, sans tambour ni trompette. Un article dont le manque de structure montrait un certain manque de respect pour les règles de l’orthodoxie journalistique : les fameux 5 W, (What, Why, Who, When, Where) n’y étaient pas à la fête. What the fuck ? En 10ème position de la playlist de l’article « 11 titres bien reçus », je plaçais alors le titre « Bull City Love ». Un titre de 9th Wonder, avec Destiny Nicole et Terrance Lassiter, dont le refrain me renvoya au « Find a way » d’ATCQ.

Culture et confitures

Après une rapide enquête sur Internet, je découvrais alors qu’ils avaient samplé le titre « Technova », d’un certain Towa Tei, dont j’ignorais tout. Un dj japonais, qui avait invité la brésilienne Bebel Gilberto (elle, je la connaissais), pour chanter le refrain : « Lá em Copacabana que tem, Tudo de bom, tudo que é de bem, Suco de acerola com maçã, E vem do pé, meu bem« .

Ce doux remaniement de la mélodie du refrain, orchestré par ATCQ (avec The Ummah et le légendaire J Dilla), utiliserait cette fois des paroles en anglais, dans le titre d’ATCQ : « Now you caught my heart for the evening
Kissed my cheek, moved in, you confuse things Should I just sit out or come harder? Help me find my way
« .

Voyage, voyage

Et si un sample, c’était aussi un véhicule pour voyager dans le temps ? Merci Internet, merci la vie ! Je me plongeais alors avec délice dans l’album « Future listening ! ». Découvrant un nouveau disque vraiment plaisant, je kiffai particulièrement « Luv Connection », qui me donna même envie de réécouter M People : ça faisait longtemps que ce souvenir musical ne m’avait pas traversé l’esprit.

La magie du son samplé, c’est aussi de nous faire redécouvrir des connexions ignorées. Appelez ça curation si vous voulez, ou simplement sélection ou programmation – parce que c’est pareil et bon ça va hein ho. Mais est-ce l’algorithme ou moi, qui a décidé ça ? En tout cas, il ne peut pas s’occuper de tout.

Sinon, ce matin, j’ai émergé en écoutant du Flight Facilities, un groupe australien électro connu il y a une dizaine d’années. Et sans jeu de mots, c’est vraiment léger : parfait pour débuter la journée.


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