Mac Seamus, Rocca&Kyo Itachi, Sly Johnson

Vous les prenez comment les ph(r)ases des rappeurs, vous ? Je veux dire, est ce que vous savez à qui ils parlent ? Eux-mêmes le savent-ils ? Oh, regarde, un nouveau concept !

Moi j’ai tendance à prendre certaines rimes pour moi, comme si j’avais un peu trop écouté le titre « Take it personal« , de Gangstarr. Je sais pas si vous connaissez. Pour résumer, Guru y racontait qu’une fois la pluie partie, il y voyait désormais clair. Que la douleur était partie, mais que malgré cela, le type auquel il s’adresse dans le morceau (un type qui, on est bien d’accord n’est pas moi, je tiens à vous rassurer sur ma santé mentale), ce qu’il a fait, ça reste pas bien. Un peu rancunier le mec, mais bon, certains y verront une certaine constance ou suite dans les idées, c’est selon.

C’est typiquement le genre de titre évoqué par Orelsan, quand dans « Jour meilleur », il évoque « les morceaux de rap où tous tes potes t’ont trahi ». Alors qu’en France, seulement quelques années plus tard, les Princes du swing rappaient « à nos amis », avec l’historique Dj Dee Nasty. Va comprendre (ça y est, on a perdu les fans de débats binaires, que voulez-vous c’est la vie).

Loin de moi l’idée de créer des clashs imaginaires entre des générations de rappeurs qui n’ont pu se croiser, mais en matière de prod’ et de flow, le titre de Gangstarr est au-dessus. Pourquoi ? C’est simple : parce que Guru, et parce que Dj Premier, en 1992. Tout juste au début d’une décennie au sommet de leur art.

Refermons cette parenthèse pour reprendre notre fil : à qui parlent les rappeurs (et les rappeuses) ? Comme rappait je sais plus qui exactement (faites vos recherches), ils parlent d’eux et j’ai l’impression qu’ils parlent de moi. Pas tout le temps, évidemment, fort heureusement. Mais comme pour Georgio qui avait confié ce sentiment dans une interview, il suffit parfois d’une phrase.

Après l’air, le feu de Mac Seamus

Sur un nouveau disque, le rap du cristolien révèle une écriture fine, une fois de plus. Il intéressera celles et ceux qui savent qu’un disque travaillé évolue, à mesure qu’on le réécoute

« Je fais ça fort, avec mon lyrical polaroïd« , rappait Dany Dan des Sages Po’. Pour ma part, je ne fais que rebondir sur les strophes, souvent éparses, servies par ces troubadours des temps modernes. Les rappeurs aiment filer les métaphores aériennes. Et c’est tout naturellement que récemment, j’ai tenté moi aussi de taquiner ce champ lexical, invité par le titre de deux frères, désignant le numéro d’une place dans l’avion. Ahah, hihi, hoho : on aurait dit une agence de booking, sur disque ou en streaming.

Mais peu importe. Que l’on soit assis en 44F ou en 224Z, on le sait bien :

 » Above the crowds, above the clouds where the sounds are original
Infinite skills create miracles
Warrior spiritual
Above the clouds rainin’ down, holdin’ it down
« 

Gangstarr feat. Inspectah Deck – « Above the clouds » (1998)

Mais dites moi, le temps file. Et comme je passe un peu trop de temps à régler des paramètres techniques, voici un petit précipité de story

Désolé mais comprenez-moi, je cherche à créer du lien entre mes articles. Comme Niro dans « Ma vision du monde » (sur l’album « 3x plus efficace », sorti en 1996), force est de reconnaître qu’ « à l’échelle mondiale », chacun de nous a « autant de poids qu’un grain de riz ».

Mais au jeu des proportions, nous ne sommes jamais parfaitement ajustés à notre environnement.

Et c’est bien normal, le monde nous préexiste, comme dans la définition du fait social par Emile Durkheim : c’est basique. Mais il est aussi loisible de kiffer son marais. Comme Ice Cube, tonitruant quand il se rappait « big fish in a small pond« , dans le premier couplet de « Bow Down », au sein du groupe Westside Connection.

Mais revenons à ce cher Mac Seamus. Et dégustez ce joli clip, extrait de cet ep nommé « Brûle », sorti le mois dernier.

Je vous le disais un peu plus haut, les lyrics sont travaillés. « Une pensée pour ceux qui se sont évaporés tôt, c’est chacun sa barque, chacun son vaporetto », clame t-il dans le refrain.

Un titre dont la jolie référence vénitienne me permet, au passage, de vérifier que les cookies de youtube ne sont pas des poètes.

Mais bon, ne nous laissons pas disperser.

Kyo Itachi & Rocca a toujours la flamme

Et si Mac Seamus, jeune emcee, veut apprendre comment maintenir son brasero suffisamment longtemps, on ne saurait trop lui conseiller d’étudier le parcours de Rocca. Je l’écoute depuis le premier disque de son crew de La Cliqua, « Conçu pour durer ». Et comme un certain nombre de personnes de mon âge, je pourrais sans doute passer pas mal de temps à discuter de son incroyable combo avec Daddy Lord C : la Squadra, subdivision de La Cliqua, qui accoucha notamment d’un titre aussi fou qu’ « Un dernier jour sur terre ». Ce beatmaker du collectif « Spice programmmers », à qui on ne la fait pas, ne s’y est pas trompé :

Sur ce nouveau titre frais du 3 avril, Rocca nous rappelle qu’en matière de flow, il a peu d’équivalents. Dans le rap parigot, le rap français ou francophone, c’est comme vous voulez. Parfois incompris comme le free jazz ? Ce qu’est sûr, c’est que ça sonne. Et quand le beatmaker Kyo Itachi s’associe à lui, le son est particulièrement soigné. Dégustez.

Et l’album commun, dont un premier extrait était sorti il y a quelques mois, est désormais disponible en précommande. En plus de cette magnifique pochette et d’un plan de vol vers Venus, vous pouvez d’ores et déjà retrouver la tracklist, tweetée par Kyo Itachi ce 16 avril. Atterrissage sur les plateformes d’écoute prévu le 6 juin.

Et un autre dont on ne parle pas assez mais qu’il faut sans doute surtout écouter, c’est…

Sly Johnson, la soul qui réchauffe

La première fois que je l’ai entendu, c’était sans doute sur « Raz-de-marée ». C’était il y a une double quinzaine d’années, environ. Fer de lance du Saïan Supa, un des meilleurs groupes français que j’ai vu sur scène. As du beatbox, Sly the mic buddah s’est mué en Sly Johnson, pour proposer une soul pleine de chaleur. Et comme une partie du Saïan est présente sur un des sons, j’ai choisi celui-ci. Sir Samuel, Specta et Vicelow donnent de la voix, pour un mix hip hop plein de groove et de mots sensés. Un savoir-faire dont je me lasse pas. Cette partie du Saïan nommée Ssc4ever a d’ailleurs réalisé une tournée qui a affiché complet, en 2004.

Je vous recommande aussi ses disques précédents. Personnellement, j’ai rattrapé mon retard. Et je dois dire que je regrette pas d’avoir remonté dans sa discographie, pleine de perles, ici et là.

Au fait, peut-être trouvez-vous mes articles pas inintéressants, et que vous seriez pas contre me donner un p’tit coup de pouce. Et puis même si on s’amuse bien, c’est du taf. Et c’est connu, tout travail mérite salaire.

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